Life & Style

Cape sur Pauline Trigère

Nul n’est prophète dans son pays, encore une fois l’adage se vérifie. Qui connaît Pauline Trigère (1909-2002), cette créatrice de mode décédée il y a tout juste dix ans ? Quand mon tic vestimentaire me fait rencontrer une pionnière malgré elle de l’affirmation de la beauté noire.

Ma fixette fashion du moment se porte sur les capes. Rien que sur les capes. J’ai démarré l’automne enveloppée dans un poncho grège absolument minimaliste sans franges ni couleurs folkloriques. Simplement lovée sous quelques mètres de feutre de laine vierge et alpaga. Un beau volume tout en neutralité pour cavaler dans les couloirs bitumeux de la pampa parisienne. Plus je le portais et plus il me fallait posséder une authentique cape. Alors, j’ai arpenté le net à la recherche de la cape parfaite. Un nom revenait souvent. Qui était donc cette Pauline Trigère dont les manteaux et les capes étaient constamment $old out ? La plupart de ses modèles possédaient les fabuleuses ailes aérodynamiques dont je rêvais pour équiper mes frêles épaules. Parce qu’une femme qui revêt une cape est un papillon doté de l’allure plus-que-princière de la mystérieuse mystique féminine hitchcokienne, tout en conservant un soupçon d’intellect et une pudeur fatalement religieuse.

Superbement encapée, le port de tête se veut royal, le cou divin, les jambes plus étirées et les chevilles plus fines, alors que les mains gantées s’amusent à tromper les premiers frimas. Quand au corps, il savoure sa liberté. Lorsque Pauline Trigère quitte Paris en 1937 pour fuir la menace nazie, elle pressent qu’elle n’aura qu’à se servir de ses dix doigts pour faire apparaître les $$$ du rêve américain. Après tout n’est-elle pas quasiment née dans l’atelier de couture parisien fondé par ses parents, des émigrés russes, Alexandre et Cécile respectivement tailleur et couturière. La légende raconte qu’elle sut se servir seule d’une machine à coudre dés l’âge de dix ans.

Maîtrisant parfaitement les techniques de coupes les plus sophistiquées acquises à Paris, elle se lance d’abord en rejoignant en tant qu’assistante styliste Hattie Carnegie, l’instigatrice de l’American look : silhouette efficace, propositions réalistes suffisamment visuelles et cinégéniques pour que le glamour hollywoodien puisse imposer et exporter ses codes, créant des archétypes de la beauté et de l’élégance à l’américaine.
En 1942, elle finit par ouvrir sa propre maison qu’elle mène d’une main de fer. Cette incursion très haute couture parisienne dans le prêt-à-porter américain confère un supplément de classicisme aux charmes de l’Uptown Girl, nouvelle icône de mode, qui va placer New York sur l’atlas géopolitique de la mode. Les succès de la mode américaine de l’après guerre installent Trigère parmi les personnalités les plus influentes de Manhattan. Elle reçoit le prix Coty en 1952 et crée des tenues pour l’actrice Patricia Neal pour le film Breakfast at Tiffany’s (1961).

 

J’étais déjà admirative par la trajectoire de cette femme libre, indépendante, créative et stylée et que dire par le scandale qu’elle provoqua en défiant les conventions en embauchant le jeune mannequin, Beverly Valdes en 1961. La jolie métisse n’avait pas froid aux yeux, il était impensable pour elle de se restreindre uniquement aux podiums des défilés de sa communauté. Dans sa quête de réussite, Valdes, allait jusqu’à se présenter aux offres d’emplois réservées aux Blanches. Elle collectionnait les refus jusqu’à sa rencontre avec la styliste française qui appréciait ses qualités physiques qui allaient mettre en valeur ses dernières créations. Pauline Trigère reçut des menaces racistes et un directeur de magasin a tenté de boycotter la marque avant de se raviser en raison de la popularité des produits de la créatrice.

“We only lost one customer in Birmingham, Alabama. We didn’t miss her.” Pauline Trigère

 

Avec beaucoup d’humilité la styliste confie ne pas avoir recruté Beverly Valdes pour entrer dans l’histoire. A l’occasion d’une publication dans Look (1958), elle avait habillé le mannequin noir Bani Yelverton. Pauline Trigère s’occupa également de l’actrice Léna Horne (première afro-américaine à avoir signé un contrat avec un grand studio, la MGM).
Pauline Trigère a introduit le port de la combinaison à la haute couture et l’utilisation de la laine et du coton pour confectionner des tenues de soirée. Forcément, je regrette que son travail, comme celui de Valentina, soient méconnus par le grand public. Mais les amateurs de vintage aiment décidément la confidentialité.

Cape ou pas cape, l’élégance est un état d’esprit.

1 Commentaire

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  1. ngslides dit :

    Bjr,
    Je viens de découvrir votre blog pas tout à fait par hasard, simplement en tapant le mot « cape célébrité car, comme vous selon votre présentation, je suis aussi fan de capes. Ce mot revient à ma bouche tous les jours et plusieurs fois par jour. Je m’habille en cape dès que le temps le permet, qu’elle soit noire, grise, bleue, … je ne me sépare jamais de mes capes. A mon goût, c’est le plus beau des vêtements.
    Ce serait sympa si on pouvait poursuivre le dialogue sur le sujet des capes. Mon mail : ngslides@club-internet.fr (je suis en région parisienne). Cdlt.

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