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Business : Classe moyenne et balbutiement du secteur de la mode en Afrique.

L’émergence d’une classe moyenne africaine serait l’un des moteurs de croissance de la mode en Afrique. Mythe ou réalité enjolivée ?
– Par Lauren Ekué

Un sourire indescriptible a illuminé mon visage quand j’ai reçu un lien renvoyant au Forum Forbes Afrique 2013 dans ma boîte mail. Un sentiment de victoire. Le monde des hyper fortunés troque enfin l’afropessimisme contre l’afroptimisme. L’idée d’associer la revue préférée des nouveaux Gatsby et le continent crève-la-faim a longtemps paru incongrue. Malgré les analyses flatteuses et les sommets dispendieux, j’ai quand même l’impression de devoir rire jaune encore un bon bout de temps. En dépit de l’euphorie, et des multiples initiatives lucratives et audacieuses, la réalité continentale est loin de flirter avec la société de consommation et donc de l’indispensable révolution socioculturelle et vestimentaire souvent fomentée par les classes moyennes. Si l’histoire séduit la rédactrice de mode, la réalité n’est pas bling-bling pour un sou ni truffée d’accros au shopping. Les souffre-douleur des régimes autocratiques aux desseins économiques ajustés sur-mesure sont malheureusement plus nombreux que les victimes consentantes de la mode. Continue Reading →

Special Fashion Week – Prêt-à-porter. Printemps/Eté 2014

TOM FORD

New York, Printemps/Eté 2014.

La semaine de la mode new-yorkaise déchaîne rarement autant d’hystérie que celle de Londres, Milan et Paris. Pas véritablement de mollesse créative, mais une mode commerciale, accessible, très portable et volontiers pragmatique. Les vétérans Donna Karan, Calvin Klein, Narciso Rodriguez, Oscar de la Renta, Ralph Lauren, Ralph Rucci, Tommy Hilfiger ont parfaitement exécuté des pièces prisées par une clientèle à la recherche de statut social et de la respectabilité d’une élégance nette et sans prise de tête. Les acheteurs des grands magasins du monde entier affectionnent également ce style sans risque. Les défilés nagent dans un réalisme très américain, très « you got what you see ». Cette saison, Michael Kors livre une excellente collection. Si la jeune garde continue ses expérimentations, le crash stylistique de Rodarte laisse sans voix. Victoria Beckham garde le cap et s’approche de ses objectifs. A New York, le côté industriel de la mode l’emporte sur la création. On laisse à l’Europe ses artistes créateurs, ses poètes enflammés du vêtement. Ici, le podium crée des multimillionnaires de la mode,  hier c’était Marc Jacobs, aujourd’hui Alexander Wang et peut être que demain un Joseph Altuzarra ou une Victoria Beckham se développeront à un rythme démentiel que n’importe quel jeune créateur européen pourrait envier. L’objectif est tout aussi honorable même si la saison a été peu enthousiasmante.

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Londres, Printemps/Eté 2014.

Les allergiques aux pollens et ceux qui n’aiment pas les imprimés fleuris verront d’un mauvais œil ces collections fraîches et florales qui émanent de la semaine de la mode londonienne. Chez Burberry Prorsum, la dentelle prend de la couleur, les sweats en cachemire ont la douceur d’un revers de pétale. L’ensemble est très féminin, peu risqué, aisément commercial mais vraiment trop policé. Une bonne rasade de bitchiness ferait le plus grand bien. Et sur ce terrain là, Tom Ford est le roi. Les cuirs en particulier siéent aux femmes Fordisées, puissance et sexyness sont encore au rendez-vous et on aime encore ça, même si opérer un changement de fixette serait à prévoir dans un avenir proche. Les chaussures émoustillent nos instincts fétichistes, les affolantes cuissardes lacées se passent de commentaire. A offrir aux dominatrices, aux émancipées, aux affranchies, aux coincées dans le vain espoir de les décoincer. The bitch is back. Désir, libido, mauvais genre et transgressions restent les best-sellers du styliste Texan. Duro Olowu, lui aussi s’empare du jardin anglais pour une collection habile, les capes sont superbes. Christopher Kane revisite ses cours de SVT, le résultat est vraiment très cool et les robes virginales aux plissés sophistiqués ouvriraient l’appétit de pas mal de modeuses. Mary Katrantzou joue des volumes et sur les tissus. Les imprimés qui s’inspirent des Richelieux et autres chaussures apportent une nouvelle partition à l’univers de la créatrice. Le cœur stylistique de Londres semble fleurir à chaque saison.

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African Fashion Week New York 2013

Cette année, Adia Adsu et son équipe peuvent être fiers de leur partenariat avec Pikolinos. Le marketing et la communication sont vraiment les points forts de l’AFWNY. Le pop up store est une réussite.

« Le luxe africain est la co-existence du commerce, de la tradition modernisée dans sa beauté diversifiée. La création de ces étoffes précieuses aux motifs et dessins originaux permet de créer des opportunités économiques pour de nombreuses communautés africaines qui autrement pourraient ne pas trouver d’autres moyens pour leur subsistance. »
Adiat Disu, productrice et directrice de Adiree.

Les trois jours de défilés (18-20 juillet) ont permis de présenter seize créateurs dont certains habitués comme Bill Witherspoon mais aussi de nouveaux venus du Maroc, d’Ouganda et du Kenya. De l’autre côté de l’Atlantique, l’évolution stylistique au sein des modes diasporiques et africaines emprunte de nombreuses voies. Le wax est souvent plébiscité, de nombreuses propositions sont plus qu’inspirantes.

Seul regret, les coiffures et les maquillages pas suffisamment maîtrisés pour être toujours du meilleur goût. L’inspiration est là mais subsiste quelques maladresses.

Crédit photo ©Robert Cooper.

La Black Fashion Week Paris

Sophie Zinga - Black Fashion Week paris

En France, les rêves et les désirs des uns restent toujours en travers de la gorge des autres. Que penser d’une presse qui souligne que le public venu assister à la première édition de la Black Fashion Week Paris, (04 au 06 octobre) est « majoritairement noir et métissé » ? Serait-ce uniquement pour stabilobosser l’extraordinaire bal caucasien des caciques de la mode et des mannequins lors des semaines de la mode parisienne ? Dans le cas contraire, inutile de faire porter le chapeau du racisme anti-blanc aux amateurs de mode. Parce qu’il faut montrer patte blanche (cruelle expression) pour être admis au sein du calendrier officiel que l’initiative d’Adama Ndiaye n’est nullement une provocation.

Cet évènement qui rejoint un peu le concept du Labo Ethnik est la conséquence de l’autarcie et du népotisme, qui sévissent dans le milieu de la mode. Ces manifestations loin de tout sectarisme et qui pullulent dans le monde anglo-saxon engendrent d’ordinaire plus de curiosité et de bienveillance qu’un énième psychodrame. La perplexité affichée par Jean-Jacques Picart, éminence grise de la mode parisienne est regrettable. La violence symbolique continue. Cependant, les créateurs occidentaux aux yeux clairs et aux réseaux influents qui s’inspirent régulièrement de l’Afrique ont l’air d’être bien plus clairvoyants.

Le noir carbone s’installe en monochrome sous les projecteurs du Pavillon Cambon. Les douze premiers passages qui inaugurent la Black Fashion Week Paris rendent hommage à la non couleur. Si le propos stylistique de la productrice et créatrice de mode est de démontrer les forces et les mérites du Noir, alors elle y parvient. Les tailleurs et les robes en bazin riche, lustré, se prête à la sévérité d’une coupe épurée, dont l’austérité rappelle un peu l’allure rétro de Diouna, personnage du film La Noire de. Le travail d’Adama Paris s’articule autour de la construction d’une ligne d’épaule. Les omoplates se découvrent en attendant un soleil XXL, un geste tendre, un baiser. La fragilité de la nudité est toujours une illusion.

Parce qu’on devine vite un caractère bien trempé par la simple observation des  épaulettes carrées, rembourrées, en aileron qui viennent toutes consolider la carrure ébène de cette dame en noir. LaQuan Smith mêle une profusion de détails néofuturistes à ses vêtements empruntés au monde du clubbing et du sportswear. Le lamé, le néoprène, le PVC intègrent les top cropped, les minijupes à godets, puis apparaît Irya Cissé portant un jumpsuit moulant, oscillant entre obscurité et transparence sur un fond constellé d’étoiles dorées. L’hybridation entre de deux mondes est souvent un exercice périlleux, Jamila Lafqir s’inspire des burnous qu’elle revisite dans une version mini, l’idée est encore à creuser même si on apprécie le travail de broderie sur un manteau zébré entièrement recouvert de sequins. Le pagne tissé poursuit sa démocratisation, en jupe entravée ou en robe corsetée par de la fine dentelle, la vision de Sophie Zanga tombe juste. Le recours à des lignes nettes convient parfaitement à cette matière. La jupe longue, ample, à plis creux, portée sur un tee-shirt loose blanc pailleté dans un style purement et simplement casual chic est définitivement l’orientation à prendre, ça crève les yeux.

Alphadi possède toujours la tradition chevillée jusqu’à la pointe de ses ciseaux. Maria Bocoum nous offre une superbe robe indigo aux épaulettes brodées qui donnent plus de relief au somptueux dos carré. Blanc, transparence, lumière et orientalisme habitent la collection de Karim Tassi. Le sarouel jumpsuit est superbe. Pour celles qui n’ont pas froid aux yeux, Thula Sindi, promet une brassée d’admirateurs. Entre une robe noire avec applications en ruché, une robe longue laissant deviner la jambe et l’imprimé léopard qui court le long des transparences, on pressent que la femme qui se veut fatale risque d’égratigner des cœurs. Martial Tapolo ne concède qu’à la robe de mariée un blanc immaculé et à une robe de cocktail couleur jonquille un peu de peps printanier.

Pour le reste, il faut lorgner du côté de la chevalerie, des armures en cotte de maille et sûrement vers un monde plus interlope peuplé de dominatrices, de punks et de gothiques. Couture rebelle écrite à l’encre magique, férocement ténébreuse, dont les effluves rock’n’roll se font sentir sur les franges échappées d’un corset, ou des plumes sur la magnifique cuirasse en agneau plongé de Christelle Koko. Le poulain, la dentelle, le crocodile, les détails en cuir lamé or, un florilège de belles matières qui prolongent la darkness enchantée du couturier. Quand Elie Kuame propose à son tour une robe noire, le résultat est irréprochable. Les vaporeux jupons en tulle ainsi que le corset en python raviront les fans de glamour hollywoodien. La finesse du tailleur en dentelle chantilly et les lumières des excellents justaucorps brodés de sequins noirs et argentés soulignent l’extrême polarité du fil créatif de Soucha.

*Toutes les photos par Nicolas Romain.

Viva Stella!

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La créatrice italo-haïtienne m’a fait vivre un moment de mode complètement dingue.

C’est simple : Stella Jean lit dans mes pensées. J’ai longtemps rêvé d’une silhouette preppy, intellectuelle, néovintage chic à l’italienne façon Prada sans renier mon goût pour le peps des couleurs qui claquent. Bref allier mon exubérance africaine avec une pointe de rigorisme.

J’en ai rêvé, Stella l’a fait. Ses vêtements partent d’un bel esprit, d’un goût certain et d’un sixième sens de la couleur. Stella Jean a remporté un concours sponsorisé par Vogue Italie et c’est normal. Ses propositions sont modernes, les lignes tirées au cordeau exactement comme j’aime ni plus ni moins. Bref, impeccable. L’ensemble reste cool, savamment hipster avec les pointes de jean, les chemises « boyfriend », les pulls loose et les manteaux dont les coupes fleurent bon les sixties. Etrangement, je trouve son travail très latin, plus proche de l’Amérique Latine de Carolina Herrera que des îles Caraïbes où elle puise portant son inspiration.

Stella Jean est sans l’ombre d’un doute une créatrice cérébrale matinée de mysticisme haïtien. L’âme créole de ses vêtements m’envoûte déjà. Le tableau est parfait, puisque la créatrice s’investit pour aider Haïti et que la collection de Stella Jean est distribuée dans de nombreux points de vente, ainsi que sur la très luxueuse sélection du site www.luisaviaroma.com. Bravissimo !

 

Africa Fashion Week New York 2012

Du 12 au 14 juillet 2012, la ville de New York a accueilli 21 stylistes du continent africain et ceux de la diaspora. Le plus intéressant, c’est le mix’n match, les télescopages des styles occidentaux, africains et orientaux.

© Avaloni Studios

La mode africaine se montre. L’Afrique à la mode élève la voix. L’african New-Look triomphe. A l’instar de ce festival produit par Adirée, les Africa Fashion Week voient désormais le jour un peu partout dans le monde. Le spectacle vaut le détour. La salle est pleine à craquer d’afrofashionistas* et d’afrofashionistos, ces jeunes qui s’habillent à la pointe de la mode sans laisser au vestiaire leur héritage africain. Ils combinent avec malice les grandes tendances de la mode occidentale avec des détails et des accessoires africains. Pour certains d’entre eux, une certaine primauté identitaire doit s’exprimer et se coordonner à travers les vêtements, en s’habillant. La petite robe noire de la marque Kibonen est parfaite. Les propositions de la créatrice d’origine camerounaise sont très intéressantes. Acheteurs, journalistes, célébrités, blogueurs et amateurs de mode s’y rendent autant pour voir que se faire voir. Côté scène, les stylistes talentueux et ambitieux rivalisent d’imagination pour démontrer le large potentiel créatif et commercial de la mode africaine dont la vitalité atteint des sommets sans précédents. En coulisses, la cabine de mannequins, les coiffeurs et les maquilleurs travaillent pour élaborer une scénographie moins maladroite que d’ordinaire sur ce type d’événement.

© Kibonen/Avaloni Studios

Ce jour là, au cœur du Financial District, poumon économique de la ville monde, les fondations bicéphales d’un « système de la mode » international et intra-africains continue de se mettre en place sous nos yeux. Le business de la mode africaine n’est qu’à ses balbutiements. Wall Street – située à un bloc – observe de près.

La grande variété des traditions textiles et les richesses esthétiques des peuples africains traditionnels et l’ingéniosité des populations urbaines africaines et diasporiques pourraient transformer l’Afrique en premier laboratoire du monde de prochaines trouvailles et prouesses stylistiques. Les semaines de la mode ne sont pas que des évènements mondains. Néanmoins, les questions de distribution et de commercialisation sont loin d’être réglées. A la sortie de ces shows, comment s’offrir l’une de ces créations ?

Lauren Ekué.

* Terme employé et défini lors de la conférence tenue au prestigieux Fashion Institute of Technology le 11 juillet 2012.

Lauren Ekué, une femme et une auteure inclassable

Anibwe

Article publié sur le site togozine.com

La première fois que j’ai rencontré Lauren Ekué, je me suis dit que cette femme était intrigante. Jeune auteure togolaise, elle présentait son deuxième opus Carnet Spunk en marge du concert F.E.L.A à Paris. Elle défendait ardemment sa vision du monde et je me suis immédiatement dit qu’elle avait la tête bien faite. Elle se confie à Togozine.

La deuxième fois, nous nous sommes rencontrées à la librairie Anibwé. Ce lieu est un trésor insoupçonné au cœur de la capitale française entre Châtelet-les-Halles et le Sentier. Anibwe, qui signifie ouverture en langue akan, est également une maison d’édition et défend la littérature africaine et afro caribéenne. Elle a éditer le premier roman de Lauren Ekué : Icône Urbaine. Plusieurs de leur auteurs dont comme Lauren Ekué sont issus de la seconde génération d’immigrés en France. Pour eux, il est encore plus difficile d’être publies que les auteurs africains. Il est vrai que ces nouveaux talents sont inclassables dans les librairies traditionnelles. Avant de rencontrer Lauren Ekué de nouveau, je me suis renseignée sur son parcours et ai parcouru plusieurs articles la concernant. Cela a confirme mon opinion sur son intelligence mais une pensée me revenait sans cesse en tête en parcourant les images de son blog : cette femme est belle.

Je ne voulais pas jurer à ces côtés. Vous comprendrez alors que je me sois mise sur mon 31 pour la rencontrer. Elle est arrivée très chic, toute de noir vêtue avec une touche de décontraction déconcertante: des converses scintillantes. Cette femme est décidemment audacieuse.

Lauren Ekue à la librairie Anibwé

Lauren Ekue à la librairie Anibwé

Nous entrons dans le cœur du sujet : son deuxième livre Carnet Spunk est un essai sur la condition de la femme noire dans le monde. Elle s’attaque a la question brulante du défrisage et au fait qu’on associe parfois cet acte cosmétique a de l’aliénation. Parce que la narration se déroule aux Etats-Unis, la veille de l’élection de Barack Obama, cet essai a des saveurs particulières. Elle évoque cette journée historique pour les noirs américains et aussi la victoire de Michelle Obama. Derrière tout grand homme, il y a une femme. « Un homme de pouvoir gravit la plus haute marche avec a son bras une femme noire […] Une première dame noire a la Maison Blanche ! » s’exclame-t-elle dans son ouvrage. Alors que le style de Michelle Obama est déjà très populaire a travers le monde et plusieurs coiffeurs donne des conseils pour copier son coiffure, aurait-elle du arborer des dreadlocks pour démontrer qu’elle n’est pas aliénée ? C ‘est la question centrale auquel Lauren Ekué répond en parsemant son récit d’anecdotes puisées à Lomé, Paris ou New York. Cette femme est une voyageuse.

Lauren Ekué connaît bien ces trois villes pour y avoir vécu ou séjourné à plusieurs reprises. Originaire d’Aného, ces ancêtres ont toujours regardé vers la mer et du lointain sang brésilien coule dans ces veines. C’est peut-être pour cela que, de Paris, son regard se porte très tôt de l’autre cote de l’Atlantique. Bercée pas la culture noire américaine, la musique, les vidéo clip de Janet Jackson et Mary J Blige, le rap old school, elle vivra plusieurs mois a New York. Au Shrine, temple de la culture africaine au sein de Harlem, elle rencontrera de célèbres intellectuels noirs américains qui la pousseront a faire ce qu’ils réussissent aux Etats-Unis : « démontrer par diverses innovations artistiques, l’indépendance de leur art, de leur détachement aux codes artistiques blancs sur leur travail ». Carnet Spunk est un pas vers ce but. Cette femme est ambitieuse. Carnet Spunk est une étape de plus sur un parcours que nous lui souhaitons glorieux.

Propos recueillis par Yawa