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Terre Des Ours

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Quand petit ours deviendra grand.

Le documentaire animalier de Guillaume Vincent raconté par Marion Cotillard a suivi l’odyssée initiatique d’un jeune ours brun dans la réserve naturelle du Kamtchatka.  Plus qu’un hymne à la nature, le film est un manifeste pour la sauvegarde des animaux sauvages en milieu naturel. L’utilisation de la 3D relief ce qui constitue une première mondiale et le soutien logistique  de l’équipe James Cameron restituent la sève essentielle et nourricière d’une contrée brute, protégée, aux confins reculés de la Russie.

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Un jeune ourson fraîchement émancipé poursuit sa légende personnelle. Il quitte la chaleur de la grotte familiale pour partir à la conquête de son environnement et des éléments naturels. Entre puissance et douceur, la caméra pénètre dans l’intimité de ces grands plantigrades. La vie est au coeur du récit, soulignant avec acuité l’interdépendance des souffles dans la biosphère. L’aquatique bal des méduses translucides insuffle un peu de poésie marine, face aux terres tantôt recouvertes du blanc linceul hivernal, tantôt, tapissées de fleurs et végétaux estivaux. La pêche aux saumons prête à une interprétation allégorique de la condition humaine. Devenus solitaires, nous n’aimons pas la promiscuité et l’épuisement des ressources naturelles pourrait également donner lieu à des grognements et d’âpres batailles. L’instinct de survie est lui aussi inscrit dans nos gènes.

Le récit initiatique du jeune ours et les fabuleuses images rendent les spectateurs proches et complices d’un tendre conte écolo-philosophique animalier.

Terre Des Ours, un film de Guillaume Vincent raconté par Marion Cotillard.
 En salles le 26 février, 1h27.

Etoile jaune, triangle rose

AFFICHE-OPUS-WEB-SEPTEMBRE-Temps de guerre. Coup de foudre. Musique. Deux hommes. Les grandes passions sont souvent contrariées. Les protagonistes de cette pièce n’échappent pas à la fatalité des amours condamnés. Simon, un jeune pianiste juif marié s’éprend d’un officier allemand, musicien également. L’un vient au secours de l’autre. Ils tentent de vivre leur amour en bravant les dangers, flirtant sans cesse avec la mort. Mais la Gestapo n’aime sait que les sombres requiems. Opus 53 ou Passion et Raison, est une pièce écrite par Gérard Blanot, si le registre de la comédie musicale allège le propos, le sujet reste délicat à aborder. L’interprétation des comédiens, loin d’être caricaturale, rend tout à fait crédible cette fiction inspirée d’un fait divers.

Special Fashion Week – Prêt-à-porter. Printemps/Eté 2014

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New York, Printemps/Eté 2014.

La semaine de la mode new-yorkaise déchaîne rarement autant d’hystérie que celle de Londres, Milan et Paris. Pas véritablement de mollesse créative, mais une mode commerciale, accessible, très portable et volontiers pragmatique. Les vétérans Donna Karan, Calvin Klein, Narciso Rodriguez, Oscar de la Renta, Ralph Lauren, Ralph Rucci, Tommy Hilfiger ont parfaitement exécuté des pièces prisées par une clientèle à la recherche de statut social et de la respectabilité d’une élégance nette et sans prise de tête. Les acheteurs des grands magasins du monde entier affectionnent également ce style sans risque. Les défilés nagent dans un réalisme très américain, très « you got what you see ». Cette saison, Michael Kors livre une excellente collection. Si la jeune garde continue ses expérimentations, le crash stylistique de Rodarte laisse sans voix. Victoria Beckham garde le cap et s’approche de ses objectifs. A New York, le côté industriel de la mode l’emporte sur la création. On laisse à l’Europe ses artistes créateurs, ses poètes enflammés du vêtement. Ici, le podium crée des multimillionnaires de la mode,  hier c’était Marc Jacobs, aujourd’hui Alexander Wang et peut être que demain un Joseph Altuzarra ou une Victoria Beckham se développeront à un rythme démentiel que n’importe quel jeune créateur européen pourrait envier. L’objectif est tout aussi honorable même si la saison a été peu enthousiasmante.

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Londres, Printemps/Eté 2014.

Les allergiques aux pollens et ceux qui n’aiment pas les imprimés fleuris verront d’un mauvais œil ces collections fraîches et florales qui émanent de la semaine de la mode londonienne. Chez Burberry Prorsum, la dentelle prend de la couleur, les sweats en cachemire ont la douceur d’un revers de pétale. L’ensemble est très féminin, peu risqué, aisément commercial mais vraiment trop policé. Une bonne rasade de bitchiness ferait le plus grand bien. Et sur ce terrain là, Tom Ford est le roi. Les cuirs en particulier siéent aux femmes Fordisées, puissance et sexyness sont encore au rendez-vous et on aime encore ça, même si opérer un changement de fixette serait à prévoir dans un avenir proche. Les chaussures émoustillent nos instincts fétichistes, les affolantes cuissardes lacées se passent de commentaire. A offrir aux dominatrices, aux émancipées, aux affranchies, aux coincées dans le vain espoir de les décoincer. The bitch is back. Désir, libido, mauvais genre et transgressions restent les best-sellers du styliste Texan. Duro Olowu, lui aussi s’empare du jardin anglais pour une collection habile, les capes sont superbes. Christopher Kane revisite ses cours de SVT, le résultat est vraiment très cool et les robes virginales aux plissés sophistiqués ouvriraient l’appétit de pas mal de modeuses. Mary Katrantzou joue des volumes et sur les tissus. Les imprimés qui s’inspirent des Richelieux et autres chaussures apportent une nouvelle partition à l’univers de la créatrice. Le cœur stylistique de Londres semble fleurir à chaque saison.

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Festival du Cinéma Américain de Deauville, 39e Edition

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Comme dans un conte de fées, le début fut laborieux. Le zèle du service de sécurité a failli briser toute la magie de ce week-end à Deauville. Mais une bonne fée, l’attachée de presse de Forest Whitaker, a su jouer de sa baguette magique. Cling !

Quand il s’agit de faire ses premiers pas sous les feux ardents d’un tapis rouge, prendre son temps est vivement recommandé. Pas besoin de se presser comme si on marchait sur un tapis aux milles braises rougeoyantes. Flashée par-ci, flashée par là, est-ce encore moi qui fais véritablement l’action ? Continue Reading →

African Fashion Week New York 2013

Cette année, Adia Adsu et son équipe peuvent être fiers de leur partenariat avec Pikolinos. Le marketing et la communication sont vraiment les points forts de l’AFWNY. Le pop up store est une réussite.

« Le luxe africain est la co-existence du commerce, de la tradition modernisée dans sa beauté diversifiée. La création de ces étoffes précieuses aux motifs et dessins originaux permet de créer des opportunités économiques pour de nombreuses communautés africaines qui autrement pourraient ne pas trouver d’autres moyens pour leur subsistance. »
Adiat Disu, productrice et directrice de Adiree.

Les trois jours de défilés (18-20 juillet) ont permis de présenter seize créateurs dont certains habitués comme Bill Witherspoon mais aussi de nouveaux venus du Maroc, d’Ouganda et du Kenya. De l’autre côté de l’Atlantique, l’évolution stylistique au sein des modes diasporiques et africaines emprunte de nombreuses voies. Le wax est souvent plébiscité, de nombreuses propositions sont plus qu’inspirantes.

Seul regret, les coiffures et les maquillages pas suffisamment maîtrisés pour être toujours du meilleur goût. L’inspiration est là mais subsiste quelques maladresses.

Crédit photo ©Robert Cooper.

Le salon du livre de Genève 2013

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Genève, 4 mai 2013. Les salons du livre sont une parenthèse dans le travail solitaire de l’auteur. On y rencontre d’autres écrivains. Mais on perd vite son enthousiasme. Tous « les collègues » ne sont pas disposés à vous assimiler comme l’un des leurs. Ecrire un livre ne suffit pas à entrer dans leurs bonnes grâces. Une fois la crampe digérée, l’estomac dénoué, le sourire lumineux d’un lecteur bienveillant prend l’ascendant sur la petite blessure infligée à l’ego. Ai eu un temps la candeur de penser que les écrivains étaient des gens éclairés, sensibles et généreux. A mon grand regret, le fantasme s’est vite écroulé lors de mon tout premier salon. Racisme, sexisme, conflit de génération. Intellectuels VS les opportunistes galvaudant le genre littéraire. Rite de passage. Les Émerveillés remplaceront les Primés, les Blasés, les Confirmés. Les maux des écrivains vieillissants malmènent la juvénile spontanéité des autres.

Néanmoins, à chaque fois, l’expérience fut sensationnelle et enrichissante. Certains auteurs sont de remarquables vendeurs, là où d’autres sont d’excellents orateurs. La célébrité, la notoriété médiatique, voilà ce qui aide vraiment à vendre du bouquin. Ce n’est pas toujours la finesse d’une plume que le lecteur privilégie, mais plutôt son immédiate proximité avec un personnage cathodique. Les livres des people demeurent promis à un bel avenir. D’autres sont de grands séducteurs, le plus pathétique dragueur de la sphère littéraire inscrit son 06 au verso de la page de couverture. La formule fait mouche. De nombreuses jeunes femmes quittent son stand la bouche en cœur, l’œil qui pétille et le cil papillonnant. Elles roulent du cul et disparaissent en serrant fébrilement l’ouvrage contre leur cœur. Continue Reading →

On achève (trop) bien les chanteuses

L’une est morte à Los Angeles, l’autre y est née. La baie des anges a été fatale à la grande Whitney Houston. Une chambre d’hôtel comme dernière scène d’une vie vouée à la comédie. Tabloids, remises de prix, sourires de façade, mises en plis soignées et des caprices suffisamment futiles pour rappeler aux autres qu’on existe…encore un peu.

TML’éclat d’un soleil noir.

Téri Moïse, chanteuse sublime, chanteuse subtile, poétesse ultime. Une chambre d’hôtel madrilène, comme dernier refuge d’une vie consacrée à la poésie. Cette Amazone en mode Prose Combat a baissé le rideau. Fin de la Commedia dell’arte. Les piaillements des corbeaux enseveliront les pleurs des ses chères colombes. C’est parfois dans la grâce couplée à une certaine fragilité que réside le clair-obscur des grands talents. Requiem.

Pureté d’un soleil noir.

Enième apport vitaminique MGMT de la journée. Electric Feel en intraveineuse. Une surdose bien balancée de Kendrick Lamar. Le nouveau prodige du hip hop annonce d’emblée son manifeste, Bitch don’t kill my vibe. Lui, se protège.

Colère d’un soleil noir.

Profondeur, voix mélodieuse, élégance de l’âme. La richesse émotionnelle découle souvent d’une sensibilité extraordinaire. Hommage et respect à ces sœurs de cœurs.

Le public est un zappeur. La célébrité est trompeuse.

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Eminences noires

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Du 17 au 20 janvier 2013, Paris est devenue la capitale de l’Atlantique Noir. L’année commence sous les meilleurs auspices avec cet évènement historique autour de la représentation du corps noir en Occident.

Depuis 2004, Harvard University et New York University organisent une série de conférences, la 5e a pris ses quartiers dans la ville lumière pour mon plus grand bonheur. Durant trois jours, un aréopage d’intervenants de haut vol, ont partagé leurs connaissances devant un public stylé et pointu. Les arts visuels et la mode ont donné lieu à des débats passionnants. La journée consacrée à la mode s’est emparée de toute mon attention. De la sapologie aux surprenants vêtements des femmes Herero, en passant par Rihanna, ce fut pour moi l’occasion unique de rencontrer Deborah Willis, Monica Miller et Mimi Plange dont j’ai hâte de porter les vêtements. Le créateur Xuly Bët était également présent, et je crois bien que le mannequin Debra Shaw suivait la conférence avec un grand intérêt depuis une balustrade du Quai Branly.

Je vais mettre quelques jours pour digérer autant d’informations et de rencontres enrichissantes. La culture devrait toujours se partager avec passion et sans modération.

Cape sur Pauline Trigère

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Nul n’est prophète dans son pays, encore une fois l’adage se vérifie. Qui connaît Pauline Trigère (1909-2002), cette créatrice de mode décédée il y a tout juste dix ans ? Quand mon tic vestimentaire me fait rencontrer une pionnière malgré elle de l’affirmation de la beauté noire.

Ma fixette fashion du moment se porte sur les capes. Rien que sur les capes. J’ai démarré l’automne enveloppée dans un poncho grège absolument minimaliste sans franges ni couleurs folkloriques. Simplement lovée sous quelques mètres de feutre de laine vierge et alpaga. Un beau volume tout en neutralité pour cavaler dans les couloirs bitumeux de la pampa parisienne. Plus je le portais et plus il me fallait posséder une authentique cape. Alors, j’ai arpenté le net à la recherche de la cape parfaite. Un nom revenait souvent. Qui était donc cette Pauline Trigère dont les manteaux et les capes étaient constamment $old out ? La plupart de ses modèles possédaient les fabuleuses ailes aérodynamiques dont je rêvais pour équiper mes frêles épaules. Parce qu’une femme qui revêt une cape est un papillon doté de l’allure plus-que-princière de la mystérieuse mystique féminine hitchcokienne, tout en conservant un soupçon d’intellect et une pudeur fatalement religieuse.

Superbement encapée, le port de tête se veut royal, le cou divin, les jambes plus étirées et les chevilles plus fines, alors que les mains gantées s’amusent à tromper les premiers frimas. Quand au corps, il savoure sa liberté. Lorsque Pauline Trigère quitte Paris en 1937 pour fuir la menace nazie, elle pressent qu’elle n’aura qu’à se servir de ses dix doigts pour faire apparaître les $$$ du rêve américain. Après tout n’est-elle pas quasiment née dans l’atelier de couture parisien fondé par ses parents, des émigrés russes, Alexandre et Cécile respectivement tailleur et couturière. La légende raconte qu’elle sut se servir seule d’une machine à coudre dés l’âge de dix ans.

Maîtrisant parfaitement les techniques de coupes les plus sophistiquées acquises à Paris, elle se lance d’abord en rejoignant en tant qu’assistante styliste Hattie Carnegie, l’instigatrice de l’American look : silhouette efficace, propositions réalistes suffisamment visuelles et cinégéniques pour que le glamour hollywoodien puisse imposer et exporter ses codes, créant des archétypes de la beauté et de l’élégance à l’américaine.
En 1942, elle finit par ouvrir sa propre maison qu’elle mène d’une main de fer. Cette incursion très haute couture parisienne dans le prêt-à-porter américain confère un supplément de classicisme aux charmes de l’Uptown Girl, nouvelle icône de mode, qui va placer New York sur l’atlas géopolitique de la mode. Les succès de la mode américaine de l’après guerre installent Trigère parmi les personnalités les plus influentes de Manhattan. Elle reçoit le prix Coty en 1952 et crée des tenues pour l’actrice Patricia Neal pour le film Breakfast at Tiffany’s (1961).

 

J’étais déjà admirative par la trajectoire de cette femme libre, indépendante, créative et stylée et que dire par le scandale qu’elle provoqua en défiant les conventions en embauchant le jeune mannequin, Beverly Valdes en 1961. La jolie métisse n’avait pas froid aux yeux, il était impensable pour elle de se restreindre uniquement aux podiums des défilés de sa communauté. Dans sa quête de réussite, Valdes, allait jusqu’à se présenter aux offres d’emplois réservées aux Blanches. Elle collectionnait les refus jusqu’à sa rencontre avec la styliste française qui appréciait ses qualités physiques qui allaient mettre en valeur ses dernières créations. Pauline Trigère reçut des menaces racistes et un directeur de magasin a tenté de boycotter la marque avant de se raviser en raison de la popularité des produits de la créatrice.

“We only lost one customer in Birmingham, Alabama. We didn’t miss her.” Pauline Trigère

 

Avec beaucoup d’humilité la styliste confie ne pas avoir recruté Beverly Valdes pour entrer dans l’histoire. A l’occasion d’une publication dans Look (1958), elle avait habillé le mannequin noir Bani Yelverton. Pauline Trigère s’occupa également de l’actrice Léna Horne (première afro-américaine à avoir signé un contrat avec un grand studio, la MGM).
Pauline Trigère a introduit le port de la combinaison à la haute couture et l’utilisation de la laine et du coton pour confectionner des tenues de soirée. Forcément, je regrette que son travail, comme celui de Valentina, soient méconnus par le grand public. Mais les amateurs de vintage aiment décidément la confidentialité.

Cape ou pas cape, l’élégance est un état d’esprit.

Lauren Ekué, précurseur de la chick litterature francophone

Interview réalisée pour le magazine Coeur d’Afrique.

Lauren Ekué dont on vous a présenté le roman Black Attitude le mois, dernier, nous a accordé une Interview. L’occasion pour elle d’en dire plus sur ce troisième roman estampillé chick-litt et pour nous de faire connaissance avec cette auteure à suivre.

 Black Attitude est ton troisième roman, comment t’es venue l’idée d’écrire sur « les héritières  » des nations africaines?
L’idée n’est pas tant d’écrire sur les héritières de Nations africaines mais de décrire de façon sarcastique l’héritage de la colonisation. Le terme « héritière » est déjà ironique. Il existe des monarchies en Afrique notamment en Afrique de l’Ouest où des royaumes et des civilisations règnaient . Mais nous avons assister ces dernières années à des prises du pouvoir des « fils de ». C’est une façon pour moi d’entreprendre à ma manière et avec autant de subjectivé et de subtilité (je l’espère) le triste bilan post indépendance.

Mon livre est gai, mais le bilan est aussi maigre qu’amère. Je suis d’origine togolaise, il est facile de comprendre mon ressentiment. Je dénonce d’une certaine façon, l’aliénation des élites africaines. Bernard Dadié dit que  « L’oppression coloniale n’a été possible que parce qu’il s’est trouvé des Nègres aussi vils que stupides pour épauler et consolider le pouvoir colonial ». Voilà, le réel sujet du livre.

Ton roman fait référence à la chick littérature, peux-tu nous expliquer ce qu’est la Chick littérature, qu’est-ce qui caractérise ce genre littéraire?
La chick-litt, est un courant littéraire qui fait fureur dans les pays anglo-saxons. Si je vous cite Sex & the City, le Diable s’habille en Prada, Bridget Jones, vous situez parfaitement le genre. Mais, pour les chercheurs, ces livres apportent leur contribution au courant du post-féminisme.

La chick-litt est souvent écrit par des femmes pour des femmes. De nombreux détracteurs pointent la futilité du genre, or des femmes, des écrivains prennent leurs plumes et s’expriment. La mode joue un rôle important dans ces romans, elle constitue un personnage secondaire à part entière.

Souvent derrière nos pulsions d’achat, il y a une forme de rituel antistress. Quand on se sent belle et élégante on se sent bien dans sa peau. La mode donne confiance en soi, les marques boostent l’ego et elles laissent entrevoir le pouvoir d’achat des consommatrices. La mode témoigne énormément du fait social.

La chick litt peut amener tout ça. Zola a notamment utilisé la mode dans ses récits et ce n’est pas pour rien (ndlr.Notamment dans sa saga des Rougons Macquart avec les romans « La Curée » et « Au Bonheur des Dames »). La mode accompagne la vie des femmes et leurs besoin d’émancipation. Les histoires d’amour sont importantes, elles sont omniprésentes, rien de mieux pour développer les relations hommes/femmes aujourd’hui.Black Attitude, mon roman s’est emparé des codes du genre et penche vers le récit satirique.

L’humour est une composante majeure de la Chick-litt, j’ai opté pour l’ironie pamphlétaire. L’ironie est une forme d’indignation, elle s’exerce dans ce livre contre ceux qui contribuent à renforcer un pouvoir aliéné au néo-colonialisme.

Je suis la première à le faire dans l’univers francophone. Et, j’insiste, ce genre ou sous-genre pour certains m’a offert une belle occasion d’aborder des thèmes essentiels pour moi sans mettre en jeu ma crédibilité. Il s’agit de Chick-litt, pas d’un essai anticolonialiste. Le travail du romancier consiste souvent à installer ses thèses, son essai, dans une forme romanesque. Pour moi être accessible est une priorité.

Comment as-tu travaillé sur ce premier volet (recherches, contacts, etc.)?
J’ai commencé par lire, lire, lire un pavé sur les Biens Mal Acquis réalisé par le Secours Catholique Contre la Faim et autres ONG et des coupures de presse abondantes. J’ai lu les entretiens, biographies, autobiographies de Bongo, Mobutu pour ne citer qu’eux. J’ai également rassemblé quelques souvenirs d’enfance, des détails plus autobiographiques.

Sur le net, j’ai trouvé des relévés de carte de crédits appartenant à des « fils de ». Elles éclairent énormément sur la destination des Fonds Publiques des pays africains. Les marques de luxe européennes sont très consommées par les dirigeants et leur cour. Je félicite le travail des  ONG. Je me suis intéressée aux diamants, à l’industrie diamantaire et aux bijoux africains traditionnels…

Il est inscrit N°1, combien d’épisode comptes-tu nous livrer?
Nous verrons. Mais je pense à une trilogie. Le sujet est tellement vaste. Je suis peut-être créative, mais la superbe Naomi Campbell recevant des diamants bruts de Charles Taylor,  puis qui témoigne à LaHaye dans un magnifique tailleur Alaïa si ce n’est pas tristement Black Attitude ça… (rires).

 

Propos recueillis par Lydie Omanga/Coeur d ‘Afrique.