Life & Style

La Black Fashion Week Paris

En France, les rêves et les désirs des uns restent toujours en travers de la gorge des autres. Que penser d’une presse qui souligne que le public venu assister à la première édition de la Black Fashion Week Paris, (04 au 06 octobre) est « majoritairement noir et métissé » ? Serait-ce uniquement pour stabilobosser l’extraordinaire bal caucasien des caciques de la mode et des mannequins lors des semaines de la mode parisienne ? Dans le cas contraire, inutile de faire porter le chapeau du racisme anti-blanc aux amateurs de mode. Parce qu’il faut montrer patte blanche (cruelle expression) pour être admis au sein du calendrier officiel que l’initiative d’Adama Ndiaye n’est nullement une provocation.

Cet évènement qui rejoint un peu le concept du Labo Ethnik est la conséquence de l’autarcie et du népotisme, qui sévissent dans le milieu de la mode. Ces manifestations loin de tout sectarisme et qui pullulent dans le monde anglo-saxon engendrent d’ordinaire plus de curiosité et de bienveillance qu’un énième psychodrame. La perplexité affichée par Jean-Jacques Picart, éminence grise de la mode parisienne est regrettable. La violence symbolique continue. Cependant, les créateurs occidentaux aux yeux clairs et aux réseaux influents qui s’inspirent régulièrement de l’Afrique ont l’air d’être bien plus clairvoyants.

Le noir carbone s’installe en monochrome sous les projecteurs du Pavillon Cambon. Les douze premiers passages qui inaugurent la Black Fashion Week Paris rendent hommage à la non couleur. Si le propos stylistique de la productrice et créatrice de mode est de démontrer les forces et les mérites du Noir, alors elle y parvient. Les tailleurs et les robes en bazin riche, lustré, se prête à la sévérité d’une coupe épurée, dont l’austérité rappelle un peu l’allure rétro de Diouna, personnage du film La Noire de. Le travail d’Adama Paris s’articule autour de la construction d’une ligne d’épaule. Les omoplates se découvrent en attendant un soleil XXL, un geste tendre, un baiser. La fragilité de la nudité est toujours une illusion.

Parce qu’on devine vite un caractère bien trempé par la simple observation des  épaulettes carrées, rembourrées, en aileron qui viennent toutes consolider la carrure ébène de cette dame en noir. LaQuan Smith mêle une profusion de détails néofuturistes à ses vêtements empruntés au monde du clubbing et du sportswear. Le lamé, le néoprène, le PVC intègrent les top cropped, les minijupes à godets, puis apparaît Irya Cissé portant un jumpsuit moulant, oscillant entre obscurité et transparence sur un fond constellé d’étoiles dorées. L’hybridation entre de deux mondes est souvent un exercice périlleux, Jamila Lafqir s’inspire des burnous qu’elle revisite dans une version mini, l’idée est encore à creuser même si on apprécie le travail de broderie sur un manteau zébré entièrement recouvert de sequins. Le pagne tissé poursuit sa démocratisation, en jupe entravée ou en robe corsetée par de la fine dentelle, la vision de Sophie Zanga tombe juste. Le recours à des lignes nettes convient parfaitement à cette matière. La jupe longue, ample, à plis creux, portée sur un tee-shirt loose blanc pailleté dans un style purement et simplement casual chic est définitivement l’orientation à prendre, ça crève les yeux.

Alphadi possède toujours la tradition chevillée jusqu’à la pointe de ses ciseaux. Maria Bocoum nous offre une superbe robe indigo aux épaulettes brodées qui donnent plus de relief au somptueux dos carré. Blanc, transparence, lumière et orientalisme habitent la collection de Karim Tassi. Le sarouel jumpsuit est superbe. Pour celles qui n’ont pas froid aux yeux, Thula Sindi, promet une brassée d’admirateurs. Entre une robe noire avec applications en ruché, une robe longue laissant deviner la jambe et l’imprimé léopard qui court le long des transparences, on pressent que la femme qui se veut fatale risque d’égratigner des cœurs. Martial Tapolo ne concède qu’à la robe de mariée un blanc immaculé et à une robe de cocktail couleur jonquille un peu de peps printanier.

Pour le reste, il faut lorgner du côté de la chevalerie, des armures en cotte de maille et sûrement vers un monde plus interlope peuplé de dominatrices, de punks et de gothiques. Couture rebelle écrite à l’encre magique, férocement ténébreuse, dont les effluves rock’n’roll se font sentir sur les franges échappées d’un corset, ou des plumes sur la magnifique cuirasse en agneau plongé de Christelle Koko. Le poulain, la dentelle, le crocodile, les détails en cuir lamé or, un florilège de belles matières qui prolongent la darkness enchantée du couturier. Quand Elie Kuame propose à son tour une robe noire, le résultat est irréprochable. Les vaporeux jupons en tulle ainsi que le corset en python raviront les fans de glamour hollywoodien. La finesse du tailleur en dentelle chantilly et les lumières des excellents justaucorps brodés de sequins noirs et argentés soulignent l’extrême polarité du fil créatif de Soucha.

*Toutes les photos par Nicolas Romain.

2 Commentaires

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  1. DICKO dit :

    Bonjour,
    Dommage ! Je ne comprends pas du tout ce qui se passe en France!
    Anyway, je regrette de n’avoir pas été là pour juger par moi-même ! J’étais entrain de vendre dans un autre pays mes création qui honorent l’AFRIQUE!
    J’espère que je serai à la prochaine édition.
    MERCI
    Mariétou

  2. Aziz dit :

    Apparemment Mariétou n’a pas vu le défilé de Mame Faguèye BÂ, ni sa haute couture qui a pour qualité le mariage des matières, des couleurs des recherches de coupe et surtout l’originalité du « pas déjà vu ». Bref, un véritable travail de création Haute-Couture… Peut-être un peu trop fort pour Mariétou. Cela ne veut pas dire que d’autres non pas démérités non plus.
    En ce qui concerne la polémique que vous dénoncez, elle me parait à moi soutenable et légitime. Nous avons du boulot à faire pour éviter le mélange des genres, améliorer le professionnalisme pour accéder à des podiums de classe mondiale. On doit effectivement accepter le continent noir mais qui doit aussi progresser dans ce sens pour pour se faire une place à ce niveau.
    Les mannequins n’étaient pas tous au niveau, certains stylistes non plus.
    Cela étant dit, tant que la création africaine est seulement copiée ou imitée cet événement doit se poursuivre tout en admettant la pluralité et la diversité… des créateurs et des mannequins et éviter le folklore.

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