Life & Style

Le salon du livre de Genève 2013

Genève, 4 mai 2013. Les salons du livre sont une parenthèse dans le travail solitaire de l’auteur. On y rencontre d’autres écrivains. Mais on perd vite son enthousiasme. Tous « les collègues » ne sont pas disposés à vous assimiler comme l’un des leurs. Ecrire un livre ne suffit pas à entrer dans leurs bonnes grâces. Une fois la crampe digérée, l’estomac dénoué, le sourire lumineux d’un lecteur bienveillant prend l’ascendant sur la petite blessure infligée à l’ego. Ai eu un temps la candeur de penser que les écrivains étaient des gens éclairés, sensibles et généreux. A mon grand regret, le fantasme s’est vite écroulé lors de mon tout premier salon. Racisme, sexisme, conflit de génération. Intellectuels VS les opportunistes galvaudant le genre littéraire. Rite de passage. Les Émerveillés remplaceront les Primés, les Blasés, les Confirmés. Les maux des écrivains vieillissants malmènent la juvénile spontanéité des autres.

Néanmoins, à chaque fois, l’expérience fut sensationnelle et enrichissante. Certains auteurs sont de remarquables vendeurs, là où d’autres sont d’excellents orateurs. La célébrité, la notoriété médiatique, voilà ce qui aide vraiment à vendre du bouquin. Ce n’est pas toujours la finesse d’une plume que le lecteur privilégie, mais plutôt son immédiate proximité avec un personnage cathodique. Les livres des people demeurent promis à un bel avenir. D’autres sont de grands séducteurs, le plus pathétique dragueur de la sphère littéraire inscrit son 06 au verso de la page de couverture. La formule fait mouche. De nombreuses jeunes femmes quittent son stand la bouche en cœur, l’œil qui pétille et le cil papillonnant. Elles roulent du cul et disparaissent en serrant fébrilement l’ouvrage contre leur cœur.

Ecrire, nécessite de sacrées prédispositions physiques, ce métier exige l’engagement total du corps et de l’esprit. Seule une prostituée émérite pourrait comprendre. La tapineuse, tient davantage du journalisme, tant sa prestation va rarement au-delà du bref, de l’anecdotique et parfois même du parodique. Dans les deux cas, il s’agit toujours de racoler, négocier son charme, aguicher. Et nos talents sont toujours tellement insuffisamment monnayés. Nous donnons plus que nous recevons. Une équation incompréhensible pour un banquier. Se rendre à Genève, humer le parfum des financiers suisses, tient-il du supplice ou de la belle escapade ? La ville réputée pour son élitisme, sera-t-elle la scène d’un nouveau bûcher des vaniteux ?

En tout cas, le décor me séduit. Cette avalanche de marques miroitant à la surface du Lac Léman, cet improbable match entre Rolex, Piaget, De Grisogono et la sublime nature helvète a de quoi laisser pantois. La fugacité de la beauté est de mèche avec la fugacité du temps. Dompter l’un, c’est apprivoiser l’autre. Cela exige forcément de disposer de quelques pépettes, le secret bancaire suisse n’a que faire des peccadilles.  Est-ce un hasard si les meilleurs soins anti-âge du monde sont élaborés par des orfèvres suisses de la beauté ? Autrement dit, rien de pire qu’un visage féminin pour constater les ravages du temps qui passe.

La Prairie, Valmont, La Colline, L.Raphael, des marques de cosmétiques cellulaires terriblement efficaces pour dissiper les effets néfastes du stress sur les cellules. En attendant direction le salon. J’ai embarqué avec moi la mère Ekué. Entre Jules qui me réclame via sms une nouvelle Oyster et l’épiderme qui exige un soin au placenta de brebis, l’envie de se faire la belle, déserter le salon avant d’y mettre les pieds se précise. Escortée par la mère Ekué, pas question de jouer les moutons noirs. La métaphore me tire quelques larmes au coin des yeux, tant je voulais qu’on m’injecte des cellules fraîches de la ténébreuse bête, m’offrir une de ces cures de jouvence qui remplace au niveau immunitaire l’effet positif de l’état amoureux dans les tissus cellulaires. Tout le glamour de la situation m’échappe. La découverte du Nash Hôtel remet les pieds sur terre plus vite que ces quelques minutes de rêve.

Je suis conviée à Genève en tant qu’intellectuelle, mon expertise suffit. Le teint fané, les vêtements froissés renforceront ma crédibilité. Un véhicule privé nous conduit au salon. C’est à ce moment là, que je découvre le regard émerveillé de la daronne. Elle vient d’apercevoir les quatre lettres du patronyme s’étaler sur une grande affiche. Je rencontre Elisabeth Tchoungui, organisatrice et modératrice de la rencontre. Le débat sur la mode africaine réunit Héctor Mediavilla, Rebecca Ayoko et moi. Enième instant de générosité où les auteurs partagent réflexions et expériences au public. La table-ronde fait le plein. Le public est curieux, patient et attentif.

Alors, je dis un grand OUI à la Suisse, au salon de Genève, à Rolex, à De Grisogono, à Swatch, aux cellules fraîches végétales, au Toblerone, aux petits secrets. Il restera toujours quelques dents pour engloutir un savoureux muesli.

 

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