Life & Style

Lauren Ekué, précurseur de la chick litterature francophone

Interview réalisée pour le magazine Coeur d’Afrique.

Lauren Ekué dont on vous a présenté le roman Black Attitude le mois, dernier, nous a accordé une Interview. L’occasion pour elle d’en dire plus sur ce troisième roman estampillé chick-litt et pour nous de faire connaissance avec cette auteure à suivre.

 Black Attitude est ton troisième roman, comment t’es venue l’idée d’écrire sur « les héritières  » des nations africaines?
L’idée n’est pas tant d’écrire sur les héritières de Nations africaines mais de décrire de façon sarcastique l’héritage de la colonisation. Le terme « héritière » est déjà ironique. Il existe des monarchies en Afrique notamment en Afrique de l’Ouest où des royaumes et des civilisations règnaient . Mais nous avons assister ces dernières années à des prises du pouvoir des « fils de ». C’est une façon pour moi d’entreprendre à ma manière et avec autant de subjectivé et de subtilité (je l’espère) le triste bilan post indépendance.

Mon livre est gai, mais le bilan est aussi maigre qu’amère. Je suis d’origine togolaise, il est facile de comprendre mon ressentiment. Je dénonce d’une certaine façon, l’aliénation des élites africaines. Bernard Dadié dit que  « L’oppression coloniale n’a été possible que parce qu’il s’est trouvé des Nègres aussi vils que stupides pour épauler et consolider le pouvoir colonial ». Voilà, le réel sujet du livre.

Ton roman fait référence à la chick littérature, peux-tu nous expliquer ce qu’est la Chick littérature, qu’est-ce qui caractérise ce genre littéraire?
La chick-litt, est un courant littéraire qui fait fureur dans les pays anglo-saxons. Si je vous cite Sex & the City, le Diable s’habille en Prada, Bridget Jones, vous situez parfaitement le genre. Mais, pour les chercheurs, ces livres apportent leur contribution au courant du post-féminisme.

La chick-litt est souvent écrit par des femmes pour des femmes. De nombreux détracteurs pointent la futilité du genre, or des femmes, des écrivains prennent leurs plumes et s’expriment. La mode joue un rôle important dans ces romans, elle constitue un personnage secondaire à part entière.

Souvent derrière nos pulsions d’achat, il y a une forme de rituel antistress. Quand on se sent belle et élégante on se sent bien dans sa peau. La mode donne confiance en soi, les marques boostent l’ego et elles laissent entrevoir le pouvoir d’achat des consommatrices. La mode témoigne énormément du fait social.

La chick litt peut amener tout ça. Zola a notamment utilisé la mode dans ses récits et ce n’est pas pour rien (ndlr.Notamment dans sa saga des Rougons Macquart avec les romans « La Curée » et « Au Bonheur des Dames »). La mode accompagne la vie des femmes et leurs besoin d’émancipation. Les histoires d’amour sont importantes, elles sont omniprésentes, rien de mieux pour développer les relations hommes/femmes aujourd’hui.Black Attitude, mon roman s’est emparé des codes du genre et penche vers le récit satirique.

L’humour est une composante majeure de la Chick-litt, j’ai opté pour l’ironie pamphlétaire. L’ironie est une forme d’indignation, elle s’exerce dans ce livre contre ceux qui contribuent à renforcer un pouvoir aliéné au néo-colonialisme.

Je suis la première à le faire dans l’univers francophone. Et, j’insiste, ce genre ou sous-genre pour certains m’a offert une belle occasion d’aborder des thèmes essentiels pour moi sans mettre en jeu ma crédibilité. Il s’agit de Chick-litt, pas d’un essai anticolonialiste. Le travail du romancier consiste souvent à installer ses thèses, son essai, dans une forme romanesque. Pour moi être accessible est une priorité.

Comment as-tu travaillé sur ce premier volet (recherches, contacts, etc.)?
J’ai commencé par lire, lire, lire un pavé sur les Biens Mal Acquis réalisé par le Secours Catholique Contre la Faim et autres ONG et des coupures de presse abondantes. J’ai lu les entretiens, biographies, autobiographies de Bongo, Mobutu pour ne citer qu’eux. J’ai également rassemblé quelques souvenirs d’enfance, des détails plus autobiographiques.

Sur le net, j’ai trouvé des relévés de carte de crédits appartenant à des « fils de ». Elles éclairent énormément sur la destination des Fonds Publiques des pays africains. Les marques de luxe européennes sont très consommées par les dirigeants et leur cour. Je félicite le travail des  ONG. Je me suis intéressée aux diamants, à l’industrie diamantaire et aux bijoux africains traditionnels…

Il est inscrit N°1, combien d’épisode comptes-tu nous livrer?
Nous verrons. Mais je pense à une trilogie. Le sujet est tellement vaste. Je suis peut-être créative, mais la superbe Naomi Campbell recevant des diamants bruts de Charles Taylor,  puis qui témoigne à LaHaye dans un magnifique tailleur Alaïa si ce n’est pas tristement Black Attitude ça… (rires).

 

Propos recueillis par Lydie Omanga/Coeur d ‘Afrique.

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