Life & Style

Eminences noires

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Du 17 au 20 janvier 2013, Paris est devenue la capitale de l’Atlantique Noir. L’année commence sous les meilleurs auspices avec cet évènement historique autour de la représentation du corps noir en Occident.

Depuis 2004, Harvard University et New York University organisent une série de conférences, la 5e a pris ses quartiers dans la ville lumière pour mon plus grand bonheur. Durant trois jours, un aréopage d’intervenants de haut vol, ont partagé leurs connaissances devant un public stylé et pointu. Les arts visuels et la mode ont donné lieu à des débats passionnants. La journée consacrée à la mode s’est emparée de toute mon attention. De la sapologie aux surprenants vêtements des femmes Herero, en passant par Rihanna, ce fut pour moi l’occasion unique de rencontrer Deborah Willis, Monica Miller et Mimi Plange dont j’ai hâte de porter les vêtements. Le créateur Xuly Bët était également présent, et je crois bien que le mannequin Debra Shaw suivait la conférence avec un grand intérêt depuis une balustrade du Quai Branly.

Je vais mettre quelques jours pour digérer autant d’informations et de rencontres enrichissantes. La culture devrait toujours se partager avec passion et sans modération.

Cape sur Pauline Trigère

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Nul n’est prophète dans son pays, encore une fois l’adage se vérifie. Qui connaît Pauline Trigère (1909-2002), cette créatrice de mode décédée il y a tout juste dix ans ? Quand mon tic vestimentaire me fait rencontrer une pionnière malgré elle de l’affirmation de la beauté noire.

Ma fixette fashion du moment se porte sur les capes. Rien que sur les capes. J’ai démarré l’automne enveloppée dans un poncho grège absolument minimaliste sans franges ni couleurs folkloriques. Simplement lovée sous quelques mètres de feutre de laine vierge et alpaga. Un beau volume tout en neutralité pour cavaler dans les couloirs bitumeux de la pampa parisienne. Plus je le portais et plus il me fallait posséder une authentique cape. Alors, j’ai arpenté le net à la recherche de la cape parfaite. Un nom revenait souvent. Qui était donc cette Pauline Trigère dont les manteaux et les capes étaient constamment $old out ? La plupart de ses modèles possédaient les fabuleuses ailes aérodynamiques dont je rêvais pour équiper mes frêles épaules. Parce qu’une femme qui revêt une cape est un papillon doté de l’allure plus-que-princière de la mystérieuse mystique féminine hitchcokienne, tout en conservant un soupçon d’intellect et une pudeur fatalement religieuse.

Superbement encapée, le port de tête se veut royal, le cou divin, les jambes plus étirées et les chevilles plus fines, alors que les mains gantées s’amusent à tromper les premiers frimas. Quand au corps, il savoure sa liberté. Lorsque Pauline Trigère quitte Paris en 1937 pour fuir la menace nazie, elle pressent qu’elle n’aura qu’à se servir de ses dix doigts pour faire apparaître les $$$ du rêve américain. Après tout n’est-elle pas quasiment née dans l’atelier de couture parisien fondé par ses parents, des émigrés russes, Alexandre et Cécile respectivement tailleur et couturière. La légende raconte qu’elle sut se servir seule d’une machine à coudre dés l’âge de dix ans.

Maîtrisant parfaitement les techniques de coupes les plus sophistiquées acquises à Paris, elle se lance d’abord en rejoignant en tant qu’assistante styliste Hattie Carnegie, l’instigatrice de l’American look : silhouette efficace, propositions réalistes suffisamment visuelles et cinégéniques pour que le glamour hollywoodien puisse imposer et exporter ses codes, créant des archétypes de la beauté et de l’élégance à l’américaine.
En 1942, elle finit par ouvrir sa propre maison qu’elle mène d’une main de fer. Cette incursion très haute couture parisienne dans le prêt-à-porter américain confère un supplément de classicisme aux charmes de l’Uptown Girl, nouvelle icône de mode, qui va placer New York sur l’atlas géopolitique de la mode. Les succès de la mode américaine de l’après guerre installent Trigère parmi les personnalités les plus influentes de Manhattan. Elle reçoit le prix Coty en 1952 et crée des tenues pour l’actrice Patricia Neal pour le film Breakfast at Tiffany’s (1961).

 

J’étais déjà admirative par la trajectoire de cette femme libre, indépendante, créative et stylée et que dire par le scandale qu’elle provoqua en défiant les conventions en embauchant le jeune mannequin, Beverly Valdes en 1961. La jolie métisse n’avait pas froid aux yeux, il était impensable pour elle de se restreindre uniquement aux podiums des défilés de sa communauté. Dans sa quête de réussite, Valdes, allait jusqu’à se présenter aux offres d’emplois réservées aux Blanches. Elle collectionnait les refus jusqu’à sa rencontre avec la styliste française qui appréciait ses qualités physiques qui allaient mettre en valeur ses dernières créations. Pauline Trigère reçut des menaces racistes et un directeur de magasin a tenté de boycotter la marque avant de se raviser en raison de la popularité des produits de la créatrice.

“We only lost one customer in Birmingham, Alabama. We didn’t miss her.” Pauline Trigère

 

Avec beaucoup d’humilité la styliste confie ne pas avoir recruté Beverly Valdes pour entrer dans l’histoire. A l’occasion d’une publication dans Look (1958), elle avait habillé le mannequin noir Bani Yelverton. Pauline Trigère s’occupa également de l’actrice Léna Horne (première afro-américaine à avoir signé un contrat avec un grand studio, la MGM).
Pauline Trigère a introduit le port de la combinaison à la haute couture et l’utilisation de la laine et du coton pour confectionner des tenues de soirée. Forcément, je regrette que son travail, comme celui de Valentina, soient méconnus par le grand public. Mais les amateurs de vintage aiment décidément la confidentialité.

Cape ou pas cape, l’élégance est un état d’esprit.

Arty wax: L’Afrique, l’art, la mode et la politique

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Les liaisons entre la mode et l’art contemporain sont souvent fructueuses. Certains talents extirpent du langage de la mode les matériaux nécessaires à l’accomplissement de leurs projets artistiques. La mode africaine n’échappe pas à la fusion de ces deux champs. Les textiles africains inspirent également les artistes de la diaspora africaine au sens le plus large. Bien avant eux, les photographes les plus talentueux du continent avaient déjà utilisé les textiles africains notamment Seydou Keïta, Samuel Fosso, mais aussi les peintres Chéri Samba.

Yinka Shonibare MBE, artiste anglo-nigerian né en 1962 interroge au travers de ses remarquables installations sur les relations post-coloniales entre l’Afrique et plus majoritairement les pays du Sud et l’Occident. Il explore les imbrications et les méandres engendrés par la colonisation. Il expose à travers le monde et a été élevé au rang de Member of British Empire, une très prestigieuse distinction au Royaume-Uni. Il utilise le wax hollandais pour dénoncer  le colonialisme et le post-colonialisme. Shonibare n’ignore pas que le wax hollandais très populaire en Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale est un tissu étranger destiné aux marchés africains. Effectivement, le wax est inspiré du batik indonésien. Les Hollandais ont tenté de concurrencer les tissus locaux en  industrialisant la production dans le but de le revendre aux Indonésiens. Toutefois, les batiks hollandais n’arrivaient pas à égaler la qualité des batiks originaux et les producteurs arrivèrent à industrialiser les procédés de fabrication. Il fallait trouver des déboucher pour ces tissus, l’Europe ne s’enthousiasma pas pour ces tissus bariolés. En revanche, le wax allait connaître un succès retentissant aux larges des côtes africaines. Le travail de Yinka Shonibare détourne, parodie de nombreux chefs d’œuvres de l’art occidental. Il « africanise » en utilisant le wax, les grands classiques de l’art européen. Ses messages politiques sont tournés sur les questions liées à la mondialisation ainsi que les notions de race et de classe. Durant son enfance, il a contracté une maladie qui le laisse handicapé, il s’entoure d’une équipe d’assistants pour réaliser ses installations.

The Pursuit est une parodie de l’œuvre « Des progrès de l’amour » de Fragonard. Le discours s’articule habilement sur la maîtrise de la nature, le projet colonial au moment où les Européens revendiquent une certaine liberté d’esprit, de progrès social. Les aristocrates français se distinguent par leurs habits, leurs têtes décapitées renvoient à la tragédie de Révolution Française. Grinçante métaphore coloniale, cette installation est visible à l’Institut néerlandais (Paris) jusqu’au04 novembre 2012. Yinka Shonibare sera l’invité de marque du Art Basel 2012.
Un autre jeune talent, s’est emparé du wax hollandais pour nourrir ses réflexions autour du genre et de la race. Kehinde Wiley (1977) est né d’une mère afro-américaine et d’un père originaire du Nigeria. Ce peintre virtuose, diplômé de Yale travaille sur l’identité raciale et sexuelle. Il crée des collisions surprenantes entre l’histoire de l’art et la culture de rue. Son œuvre oscille entre critique politique et la puissance des symboles de la domination masculine. Pour la première fois, il présente en France, à la galerie Templon ses œuvres pour lesquelles il est parti sur les traces des cultures africaines et de l’histoire coloniale française en Afrique (1880-1960) en explorant le Maroc, la Tunisie, le Gabon, le Congo et le Cameroun.

Kehinde Wiley, A world Stage: France, 1880-1960. Galerie Daniel Templon, 30 rue Beaubourg75003 Paris. Du 27 octobre au 22 décembre 2012.

La Black Fashion Week Paris

Sophie Zinga - Black Fashion Week paris

En France, les rêves et les désirs des uns restent toujours en travers de la gorge des autres. Que penser d’une presse qui souligne que le public venu assister à la première édition de la Black Fashion Week Paris, (04 au 06 octobre) est « majoritairement noir et métissé » ? Serait-ce uniquement pour stabilobosser l’extraordinaire bal caucasien des caciques de la mode et des mannequins lors des semaines de la mode parisienne ? Dans le cas contraire, inutile de faire porter le chapeau du racisme anti-blanc aux amateurs de mode. Parce qu’il faut montrer patte blanche (cruelle expression) pour être admis au sein du calendrier officiel que l’initiative d’Adama Ndiaye n’est nullement une provocation.

Cet évènement qui rejoint un peu le concept du Labo Ethnik est la conséquence de l’autarcie et du népotisme, qui sévissent dans le milieu de la mode. Ces manifestations loin de tout sectarisme et qui pullulent dans le monde anglo-saxon engendrent d’ordinaire plus de curiosité et de bienveillance qu’un énième psychodrame. La perplexité affichée par Jean-Jacques Picart, éminence grise de la mode parisienne est regrettable. La violence symbolique continue. Cependant, les créateurs occidentaux aux yeux clairs et aux réseaux influents qui s’inspirent régulièrement de l’Afrique ont l’air d’être bien plus clairvoyants.

Le noir carbone s’installe en monochrome sous les projecteurs du Pavillon Cambon. Les douze premiers passages qui inaugurent la Black Fashion Week Paris rendent hommage à la non couleur. Si le propos stylistique de la productrice et créatrice de mode est de démontrer les forces et les mérites du Noir, alors elle y parvient. Les tailleurs et les robes en bazin riche, lustré, se prête à la sévérité d’une coupe épurée, dont l’austérité rappelle un peu l’allure rétro de Diouna, personnage du film La Noire de. Le travail d’Adama Paris s’articule autour de la construction d’une ligne d’épaule. Les omoplates se découvrent en attendant un soleil XXL, un geste tendre, un baiser. La fragilité de la nudité est toujours une illusion.

Parce qu’on devine vite un caractère bien trempé par la simple observation des  épaulettes carrées, rembourrées, en aileron qui viennent toutes consolider la carrure ébène de cette dame en noir. LaQuan Smith mêle une profusion de détails néofuturistes à ses vêtements empruntés au monde du clubbing et du sportswear. Le lamé, le néoprène, le PVC intègrent les top cropped, les minijupes à godets, puis apparaît Irya Cissé portant un jumpsuit moulant, oscillant entre obscurité et transparence sur un fond constellé d’étoiles dorées. L’hybridation entre de deux mondes est souvent un exercice périlleux, Jamila Lafqir s’inspire des burnous qu’elle revisite dans une version mini, l’idée est encore à creuser même si on apprécie le travail de broderie sur un manteau zébré entièrement recouvert de sequins. Le pagne tissé poursuit sa démocratisation, en jupe entravée ou en robe corsetée par de la fine dentelle, la vision de Sophie Zanga tombe juste. Le recours à des lignes nettes convient parfaitement à cette matière. La jupe longue, ample, à plis creux, portée sur un tee-shirt loose blanc pailleté dans un style purement et simplement casual chic est définitivement l’orientation à prendre, ça crève les yeux.

Alphadi possède toujours la tradition chevillée jusqu’à la pointe de ses ciseaux. Maria Bocoum nous offre une superbe robe indigo aux épaulettes brodées qui donnent plus de relief au somptueux dos carré. Blanc, transparence, lumière et orientalisme habitent la collection de Karim Tassi. Le sarouel jumpsuit est superbe. Pour celles qui n’ont pas froid aux yeux, Thula Sindi, promet une brassée d’admirateurs. Entre une robe noire avec applications en ruché, une robe longue laissant deviner la jambe et l’imprimé léopard qui court le long des transparences, on pressent que la femme qui se veut fatale risque d’égratigner des cœurs. Martial Tapolo ne concède qu’à la robe de mariée un blanc immaculé et à une robe de cocktail couleur jonquille un peu de peps printanier.

Pour le reste, il faut lorgner du côté de la chevalerie, des armures en cotte de maille et sûrement vers un monde plus interlope peuplé de dominatrices, de punks et de gothiques. Couture rebelle écrite à l’encre magique, férocement ténébreuse, dont les effluves rock’n’roll se font sentir sur les franges échappées d’un corset, ou des plumes sur la magnifique cuirasse en agneau plongé de Christelle Koko. Le poulain, la dentelle, le crocodile, les détails en cuir lamé or, un florilège de belles matières qui prolongent la darkness enchantée du couturier. Quand Elie Kuame propose à son tour une robe noire, le résultat est irréprochable. Les vaporeux jupons en tulle ainsi que le corset en python raviront les fans de glamour hollywoodien. La finesse du tailleur en dentelle chantilly et les lumières des excellents justaucorps brodés de sequins noirs et argentés soulignent l’extrême polarité du fil créatif de Soucha.

*Toutes les photos par Nicolas Romain.

Viva Stella!

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La créatrice italo-haïtienne m’a fait vivre un moment de mode complètement dingue.

C’est simple : Stella Jean lit dans mes pensées. J’ai longtemps rêvé d’une silhouette preppy, intellectuelle, néovintage chic à l’italienne façon Prada sans renier mon goût pour le peps des couleurs qui claquent. Bref allier mon exubérance africaine avec une pointe de rigorisme.

J’en ai rêvé, Stella l’a fait. Ses vêtements partent d’un bel esprit, d’un goût certain et d’un sixième sens de la couleur. Stella Jean a remporté un concours sponsorisé par Vogue Italie et c’est normal. Ses propositions sont modernes, les lignes tirées au cordeau exactement comme j’aime ni plus ni moins. Bref, impeccable. L’ensemble reste cool, savamment hipster avec les pointes de jean, les chemises « boyfriend », les pulls loose et les manteaux dont les coupes fleurent bon les sixties. Etrangement, je trouve son travail très latin, plus proche de l’Amérique Latine de Carolina Herrera que des îles Caraïbes où elle puise portant son inspiration.

Stella Jean est sans l’ombre d’un doute une créatrice cérébrale matinée de mysticisme haïtien. L’âme créole de ses vêtements m’envoûte déjà. Le tableau est parfait, puisque la créatrice s’investit pour aider Haïti et que la collection de Stella Jean est distribuée dans de nombreux points de vente, ainsi que sur la très luxueuse sélection du site www.luisaviaroma.com. Bravissimo !

 

Lauren Ekué, précurseur de la chick litterature francophone

Interview réalisée pour le magazine Coeur d’Afrique.

Lauren Ekué dont on vous a présenté le roman Black Attitude le mois, dernier, nous a accordé une Interview. L’occasion pour elle d’en dire plus sur ce troisième roman estampillé chick-litt et pour nous de faire connaissance avec cette auteure à suivre.

 Black Attitude est ton troisième roman, comment t’es venue l’idée d’écrire sur « les héritières  » des nations africaines?
L’idée n’est pas tant d’écrire sur les héritières de Nations africaines mais de décrire de façon sarcastique l’héritage de la colonisation. Le terme « héritière » est déjà ironique. Il existe des monarchies en Afrique notamment en Afrique de l’Ouest où des royaumes et des civilisations règnaient . Mais nous avons assister ces dernières années à des prises du pouvoir des « fils de ». C’est une façon pour moi d’entreprendre à ma manière et avec autant de subjectivé et de subtilité (je l’espère) le triste bilan post indépendance.

Mon livre est gai, mais le bilan est aussi maigre qu’amère. Je suis d’origine togolaise, il est facile de comprendre mon ressentiment. Je dénonce d’une certaine façon, l’aliénation des élites africaines. Bernard Dadié dit que  « L’oppression coloniale n’a été possible que parce qu’il s’est trouvé des Nègres aussi vils que stupides pour épauler et consolider le pouvoir colonial ». Voilà, le réel sujet du livre.

Ton roman fait référence à la chick littérature, peux-tu nous expliquer ce qu’est la Chick littérature, qu’est-ce qui caractérise ce genre littéraire?
La chick-litt, est un courant littéraire qui fait fureur dans les pays anglo-saxons. Si je vous cite Sex & the City, le Diable s’habille en Prada, Bridget Jones, vous situez parfaitement le genre. Mais, pour les chercheurs, ces livres apportent leur contribution au courant du post-féminisme.

La chick-litt est souvent écrit par des femmes pour des femmes. De nombreux détracteurs pointent la futilité du genre, or des femmes, des écrivains prennent leurs plumes et s’expriment. La mode joue un rôle important dans ces romans, elle constitue un personnage secondaire à part entière.

Souvent derrière nos pulsions d’achat, il y a une forme de rituel antistress. Quand on se sent belle et élégante on se sent bien dans sa peau. La mode donne confiance en soi, les marques boostent l’ego et elles laissent entrevoir le pouvoir d’achat des consommatrices. La mode témoigne énormément du fait social.

La chick litt peut amener tout ça. Zola a notamment utilisé la mode dans ses récits et ce n’est pas pour rien (ndlr.Notamment dans sa saga des Rougons Macquart avec les romans « La Curée » et « Au Bonheur des Dames »). La mode accompagne la vie des femmes et leurs besoin d’émancipation. Les histoires d’amour sont importantes, elles sont omniprésentes, rien de mieux pour développer les relations hommes/femmes aujourd’hui.Black Attitude, mon roman s’est emparé des codes du genre et penche vers le récit satirique.

L’humour est une composante majeure de la Chick-litt, j’ai opté pour l’ironie pamphlétaire. L’ironie est une forme d’indignation, elle s’exerce dans ce livre contre ceux qui contribuent à renforcer un pouvoir aliéné au néo-colonialisme.

Je suis la première à le faire dans l’univers francophone. Et, j’insiste, ce genre ou sous-genre pour certains m’a offert une belle occasion d’aborder des thèmes essentiels pour moi sans mettre en jeu ma crédibilité. Il s’agit de Chick-litt, pas d’un essai anticolonialiste. Le travail du romancier consiste souvent à installer ses thèses, son essai, dans une forme romanesque. Pour moi être accessible est une priorité.

Comment as-tu travaillé sur ce premier volet (recherches, contacts, etc.)?
J’ai commencé par lire, lire, lire un pavé sur les Biens Mal Acquis réalisé par le Secours Catholique Contre la Faim et autres ONG et des coupures de presse abondantes. J’ai lu les entretiens, biographies, autobiographies de Bongo, Mobutu pour ne citer qu’eux. J’ai également rassemblé quelques souvenirs d’enfance, des détails plus autobiographiques.

Sur le net, j’ai trouvé des relévés de carte de crédits appartenant à des « fils de ». Elles éclairent énormément sur la destination des Fonds Publiques des pays africains. Les marques de luxe européennes sont très consommées par les dirigeants et leur cour. Je félicite le travail des  ONG. Je me suis intéressée aux diamants, à l’industrie diamantaire et aux bijoux africains traditionnels…

Il est inscrit N°1, combien d’épisode comptes-tu nous livrer?
Nous verrons. Mais je pense à une trilogie. Le sujet est tellement vaste. Je suis peut-être créative, mais la superbe Naomi Campbell recevant des diamants bruts de Charles Taylor,  puis qui témoigne à LaHaye dans un magnifique tailleur Alaïa si ce n’est pas tristement Black Attitude ça… (rires).

 

Propos recueillis par Lydie Omanga/Coeur d ‘Afrique.

Africa Fashion Week New York 2012

Du 12 au 14 juillet 2012, la ville de New York a accueilli 21 stylistes du continent africain et ceux de la diaspora. Le plus intéressant, c’est le mix’n match, les télescopages des styles occidentaux, africains et orientaux.

© Avaloni Studios

La mode africaine se montre. L’Afrique à la mode élève la voix. L’african New-Look triomphe. A l’instar de ce festival produit par Adirée, les Africa Fashion Week voient désormais le jour un peu partout dans le monde. Le spectacle vaut le détour. La salle est pleine à craquer d’afrofashionistas* et d’afrofashionistos, ces jeunes qui s’habillent à la pointe de la mode sans laisser au vestiaire leur héritage africain. Ils combinent avec malice les grandes tendances de la mode occidentale avec des détails et des accessoires africains. Pour certains d’entre eux, une certaine primauté identitaire doit s’exprimer et se coordonner à travers les vêtements, en s’habillant. La petite robe noire de la marque Kibonen est parfaite. Les propositions de la créatrice d’origine camerounaise sont très intéressantes. Acheteurs, journalistes, célébrités, blogueurs et amateurs de mode s’y rendent autant pour voir que se faire voir. Côté scène, les stylistes talentueux et ambitieux rivalisent d’imagination pour démontrer le large potentiel créatif et commercial de la mode africaine dont la vitalité atteint des sommets sans précédents. En coulisses, la cabine de mannequins, les coiffeurs et les maquilleurs travaillent pour élaborer une scénographie moins maladroite que d’ordinaire sur ce type d’événement.

© Kibonen/Avaloni Studios

Ce jour là, au cœur du Financial District, poumon économique de la ville monde, les fondations bicéphales d’un « système de la mode » international et intra-africains continue de se mettre en place sous nos yeux. Le business de la mode africaine n’est qu’à ses balbutiements. Wall Street – située à un bloc – observe de près.

La grande variété des traditions textiles et les richesses esthétiques des peuples africains traditionnels et l’ingéniosité des populations urbaines africaines et diasporiques pourraient transformer l’Afrique en premier laboratoire du monde de prochaines trouvailles et prouesses stylistiques. Les semaines de la mode ne sont pas que des évènements mondains. Néanmoins, les questions de distribution et de commercialisation sont loin d’être réglées. A la sortie de ces shows, comment s’offrir l’une de ces créations ?

Lauren Ekué.

* Terme employé et défini lors de la conférence tenue au prestigieux Fashion Institute of Technology le 11 juillet 2012.

Lauren Ekué, une femme et une auteure inclassable

Anibwe

Article publié sur le site togozine.com

La première fois que j’ai rencontré Lauren Ekué, je me suis dit que cette femme était intrigante. Jeune auteure togolaise, elle présentait son deuxième opus Carnet Spunk en marge du concert F.E.L.A à Paris. Elle défendait ardemment sa vision du monde et je me suis immédiatement dit qu’elle avait la tête bien faite. Elle se confie à Togozine.

La deuxième fois, nous nous sommes rencontrées à la librairie Anibwé. Ce lieu est un trésor insoupçonné au cœur de la capitale française entre Châtelet-les-Halles et le Sentier. Anibwe, qui signifie ouverture en langue akan, est également une maison d’édition et défend la littérature africaine et afro caribéenne. Elle a éditer le premier roman de Lauren Ekué : Icône Urbaine. Plusieurs de leur auteurs dont comme Lauren Ekué sont issus de la seconde génération d’immigrés en France. Pour eux, il est encore plus difficile d’être publies que les auteurs africains. Il est vrai que ces nouveaux talents sont inclassables dans les librairies traditionnelles. Avant de rencontrer Lauren Ekué de nouveau, je me suis renseignée sur son parcours et ai parcouru plusieurs articles la concernant. Cela a confirme mon opinion sur son intelligence mais une pensée me revenait sans cesse en tête en parcourant les images de son blog : cette femme est belle.

Je ne voulais pas jurer à ces côtés. Vous comprendrez alors que je me sois mise sur mon 31 pour la rencontrer. Elle est arrivée très chic, toute de noir vêtue avec une touche de décontraction déconcertante: des converses scintillantes. Cette femme est décidemment audacieuse.

Lauren Ekue à la librairie Anibwé

Lauren Ekue à la librairie Anibwé

Nous entrons dans le cœur du sujet : son deuxième livre Carnet Spunk est un essai sur la condition de la femme noire dans le monde. Elle s’attaque a la question brulante du défrisage et au fait qu’on associe parfois cet acte cosmétique a de l’aliénation. Parce que la narration se déroule aux Etats-Unis, la veille de l’élection de Barack Obama, cet essai a des saveurs particulières. Elle évoque cette journée historique pour les noirs américains et aussi la victoire de Michelle Obama. Derrière tout grand homme, il y a une femme. « Un homme de pouvoir gravit la plus haute marche avec a son bras une femme noire […] Une première dame noire a la Maison Blanche ! » s’exclame-t-elle dans son ouvrage. Alors que le style de Michelle Obama est déjà très populaire a travers le monde et plusieurs coiffeurs donne des conseils pour copier son coiffure, aurait-elle du arborer des dreadlocks pour démontrer qu’elle n’est pas aliénée ? C ‘est la question centrale auquel Lauren Ekué répond en parsemant son récit d’anecdotes puisées à Lomé, Paris ou New York. Cette femme est une voyageuse.

Lauren Ekué connaît bien ces trois villes pour y avoir vécu ou séjourné à plusieurs reprises. Originaire d’Aného, ces ancêtres ont toujours regardé vers la mer et du lointain sang brésilien coule dans ces veines. C’est peut-être pour cela que, de Paris, son regard se porte très tôt de l’autre cote de l’Atlantique. Bercée pas la culture noire américaine, la musique, les vidéo clip de Janet Jackson et Mary J Blige, le rap old school, elle vivra plusieurs mois a New York. Au Shrine, temple de la culture africaine au sein de Harlem, elle rencontrera de célèbres intellectuels noirs américains qui la pousseront a faire ce qu’ils réussissent aux Etats-Unis : « démontrer par diverses innovations artistiques, l’indépendance de leur art, de leur détachement aux codes artistiques blancs sur leur travail ». Carnet Spunk est un pas vers ce but. Cette femme est ambitieuse. Carnet Spunk est une étape de plus sur un parcours que nous lui souhaitons glorieux.

Propos recueillis par Yawa

Entre les lignes… sur Africa 24

Lauren Ekue


ENTRE LES LIGNES – Lauren EKUE par AFRICA24

Mon interview sur les plateaux de la chaîne de télé, Africa 24, dans l’émission « Entre les lignes ».

« La Black Attitude de Lauren Ekué »

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Interview parue dans le magazine Amina, N°496 (août 2011), édition Europe p.41. Par Ange Dukunde.

Née en France, dans les Hauts-de-Seine, Lauren Ekué est une jeune journaliste de mode ayant participé au lancement du magazine Chocolate. Diplômée en sociologie, la jeune femme se distingue par son écriture urbaine et novatrice qui sied à la littérature féminine contemporaine. Pour son troisième ouvrage Black Attitude, elle collabore avec la rédaction de « Black Fashion » (Amina).

Comment avez-vous commencé à écrire ?
La lecture a toujours été ma passion. J’ai commencé à quatre ans et, comme on dit souvent, les grands lecteurs ont toujours envie de passer de l’autre côté. Ayant fait des études en communication, j’ai commencé par écrire des communiqués de presse pour des marques de luxe et c’est devenu une passion. Ensuite, j’ai répondu à l’annonce du magazine Chocolate. De fil en aiguille, j’ai entamé mon roman Icône Urbaine.

Quelles sont vos inspirations ?
Beaucoup d’auteurs afro-américains comme Maya Angelou, Zora Neale Hurston, Tyler Perry, Terry McMillian et Trecey Lewis, une des auteures de Black American Princess.

Parlez-nous du livre Black Attitude.
Black Attitude est un roman très inspiré de la littérature moderne et romantique, la « chick litt » anglo-saxonne. C’est un livre écrit par une femme pour les femmes. Il dépeint les aventures sentimentales, mais surtout les excès de la jeunesse dorée africaine. C’est incontestablement une version inédite de ce courant littéraire. Le roman aborde le thème de la France-Afrique et décrit des scènes aussi cocasses que réelles. La mode, notamment la mode africaine, joue le second rôle.

Pourquoi avoir choisi le titre Black Attitude ?
En temps qu’écrivain on est amené à lire beaucoup de choses et je me suis intéressée au pourquoi du succès de cette littérature, la « chick litt ». J’ai eu l’idée de faire un travail du même style dans un environnement plus africain. Après avoir lu le livre Blonde Attitude de Plum Sykes, j’ai souhaité réaliser quelque chose du même genre en y ajoutant de l’actualité contemporaine avec l’affaire des biens mal acquis.

 

Propos recueillis
par Ange Dukunde